REER et CELI: État de la situation

Afin de documenter les pratiques des Québécois en matière d’épargne et de planification financière de la retraite, Question Retraite et la Régie des rentes du Québec effectuent périodiquement des études et des sondages. C’est dans ce contexte que s’inscrit le sondage réalisé par la firme SOM en juin 2011, un sondage portant sur le thème « Les travailleurs québécois de 25 à 44 ans et l’épargne ».

Ce sondage porte sur un échantillon de 1 605 répondants répartis en 4 groupes d’environ 400 répondants par tranche d’âge de 5 ans. Ce type de segmentation permet d’évaluer non seulement l’état global de la situation, mais également les différences entre les comportements des individus composant les différents groupes. Les résultats résumés ci-dessous font d’ailleurs ressortir des différences parfois importantes entre le groupe des 25-29 ans et les autres groupes.

 

À propos du REER

Selon les données du dernier recensement, on compte au Québec un peu plus de 2,1 millions de personnes âgées de 25 à 44 ans, à raison d’un peu plus de 500 000 par tranche d’âges de 5 ans. Dans l’échantillon du sondage représentant les travailleurs de cette population, 60 % des répondants disent détenir un REER. Cette statistique varie cependant fortement en fonction des caractéristiques des sous-groupes composants l’échantillon. Le tableau 1 segmente en tranches d’âge le pourcentage de travailleurs disant détenir différents produits d’épargne. On remarque que le taux de détention du REER est nettement moindre chez les moins de 30 ans (44 %), mais se stabilise autour de 65 % par la suite.

Tableau 1
% des travailleurs qui disent détenir un produit quelconque d’épargne selon l’âge

Produit

25-29 ans

30-34 ans

35-39 ans

40-44 ans

Total des

25-44 ans

REER

44 %

67 %

65 %

64 %

60 %

CELI

19 % 

25 %

20 %

22 %

22 %

RCR

55 %

62 %

58 %

63 %

59 %

REEE

9 %  

23 %

29 %

27 %

22 %

 

Le sondage met en valeur certaines autres variables démographiques ayant un impact sur le taux de détention des REER. Ainsi, le taux croît très rapidement en fonction du niveau de revenu personnel. À cet effet, le taux augmente systématiquement de 18 % pour les répondants dont le revenu est inférieur à 20 000 $ par année à 88 % pour ceux dont le revenu est supérieur à 80 000 $. Cette relation s’explique probablement par la disponibilité de liquidités financières. Le niveau de scolarité a également un lien significatif sur la détention de REER. Même si ce résultat s’explique en partie par l’effet positif de la scolarité sur le revenu, il suggère également que les répondants plus scolarisés vont davantage posséder un REER car ils ont été plus enclins à s’instruire sur ce produit.

À la question « Pour quelle(s) raison(s) cotisez-vous à un REER?», dont les résultats sont présentés au tableau 2, la première raison évoquée est pour bénéficier d’un revenu supérieur à la retraite. Il s’agit d’ailleurs de la raison principale pour laquelle le gouvernement a instauré un tel régime. Près des trois quarts des répondants (72 %) ont mentionné cette raison en premier lieu, une hausse appréciable par rapport au taux de 50 % à une question similaire lors du sondage de 2008. En considérant le total des deux raisons acceptées par le sondeur en 2011, 87 % des répondants souscrivent dans le but d’accroître leur revenu de retraite.

Tableau 2
Raisons évoquées pour cotiser à un REER 

 

2011

1ère mention

2011

Total de 2 mentions

2008 *

 

  1. Pour avoir un (meilleur) revenu à la retraite / Pour épargner pour la retraite

72 %

87 %

50 %

  1. Pour l’économie d’impôt

17 %

36 %

23 %

  1. Pour le RAP / Achat d’une maison

6 %

13 %

7 %

  1. Pour avoir un coussin en cas d’imprévu ou de coup dur

1 %

2 %

-

  1. Parce qu’on me le recommande

2 %

2 %

5 %

  1. Parce que c’est une bonne façon d’épargner

-

-

6 %

* 2008 : Quelle est la principale raison pour laquelle vous avez cotise a un REER la toute première fois? Une seule mention en 2008.

 

La deuxième raison évoquée pour cotiser à un REER concerne l’économie d’impôt, avec un taux de mention de 36 %. En segmentant les résultats selon le revenu personnel, il est intéressant de noter que ce taux passe à 51 % chez les répondants dont le revenu personnel est supérieur à 80 000 $. Enfin, c’est dans le sous-groupe des 25-29 ans que nous trouvons un échantillon pour qui l’utilisation du RAP devient une raison importante pour cotiser à un REER, avec un taux de mention de 20 %. Cette observation est cohérente avec le fait que le RAP s’adresse principalement (mais pas exclusivement) aux acheteurs d’une première maison.

Le tableau 3 examine d’ailleurs plus en détails l’utilisation du RAP. Ainsi, 43 % des travailleurs possédant un REER ont bénéficié du programme RAP. Comme pour les REER eux-mêmes, le taux d’utilisation du programme pour les moins de 30 ans est moindre, mais tend à se stabiliser par la suite. En segmentant davantage les résultats, la popularité du RAP s’accroît de façon importante avec le niveau de scolarité, passant de 36 % chez les répondants sans diplôme collégial à 48 % chez ceux ayant terminé des études universitaires. Le niveau de revenu personnel est lui aussi déterminant, avec un taux d’utilisation de 18 % pour le travailleur dont le revenu est inférieur à 20 000 $ par année à 55 % pour celui dont le revenu est supérieur à 60 000 $.

Tableau 3
Avez-vous déjà utilisé le RAP?

Groupe d’âge

% de ceux qui ont un REER

% du total des travailleurs

25-29 ans

33 %

15 %

30-34 ans

47 %

31 %

35-39 ans

47 %

31 %

40-44 ans

41 %

26 %

Total

43 %

26 %

 

À propos du CELI

Contrairement au REER, le tableau 1 montre que l’âge n’est pas un facteur significatif quant à la détention d’un CELI. Par contre, le revenu personnel continue d’être un facteur déterminant : la proportion de détention d’un CELI passe de 12 % pour ceux dont le revenu annuel personnel est de moins de 20 000 $ à 35 % pour ceux dont le revenu est supérieur à 80 000 $.

À la question « À quoi destinez-vous principalement l’épargne que vous mettez de côté dans un CELI? », dont les résultats sont présentés au tableau 4, une majorité des répondants (53 %) investissent dans le CELI dans le but de se prémunir contre les conséquences financières négatives d’un imprévu. En fait, l’investissement dans un CELI semble principalement motivé par des objectifs à court terme. Ainsi, seulement 9 % des répondants utilisent le CELI pour des projets à long terme et pas plus du quart des répondants le considèrent comme un complément à l’épargne pour la retraite. Cette dernière motivation est cependant particulièrement importante pour ceux qui travaillent à temps partiel (39 % de taux de mention) et pour ceux sans diplôme collégial (35 % de taux de mention).

Tableau 4
Réponses à la question « À quoi destinez-vous principalement l’épargne que vous mettez de côté dans un CELI? »

 

1ère mention

Total de 2 mentions

  1. Avoir un coussin en cas d’imprévu

44 %

53 %

  1. Pour des projets à court terme (voyage, rénovations, …)

26 %

31 %

  1. Pour sa retraite

18 %

25 %

  1. Pour des projets à plus long terme (achat  d’une propriété, études des enfants,…)

5 %

9 %

  1. Pour des dépenses récurrentes (taxes, cadeaux)

1 %

2 %

 

David Bouchard et Kevin Lee

Chaire Groupe Investors en planification financière de l’Université Laval, partenaire de Question Retraite



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